Nucléaire

GREENPEACE lance l’alerte sur le coût du prolongement des centrales nucléaires

Greenpeace activists demonstrate in front of Bugey's nuclear plant to call for its shutdown, on March 30, 2013 in Saint Vulbas. AFP PHOTO / JEFF PACHOUD        (Photo credit should read JEFF PACHOUD/AFP/Getty Images)

Augmenter la durée de vie d’un réacteur nucléaire est extrêmement coûteux et complexe. Telle est la conclusion d’une étude commandée par Greenpeace et réalisée par le cabinet Wise-Paris sur les enjeux liés au vieillissement des réacteurs nucléaires français au-delà de 40 ans. Alors qu’EDF a prolongela durée de vie de sesréacteurs jusqu’à 50 ans, voire 60 ans, l’ONG appelle les pouvoirs publics à limiter leur exploitation à 40 ans dans la prochaine loi de programmation sur l’énergie.

Pour peser dans les débats, Greenpeace a fait réaliser une étude détaillée qui imagine trois scénarii de renforcement de la sûreté nucléaire : le scénario de « sûreté dégradée » (exigences de sûreté minimales), le scénario de « sûreté préservée » (maintenir la sûreté de ses installations au niveau actuel), et le scénario de « sûreté renforcée » (exigences élevées, proches de celles aujourd’hui prévues dans un réacteur EPR). Pour chacun de ces scenarii, Wise a réalisé une estimation des coûts de renforcement des réacteurs (investissements et coût d’intervention). Pour chaque coût, le rapport propose une fourchette basse, une fourchette moyenne et une fourchette haute.

4,3 milliards d’euros par réacteur

Ainsi, selon ces estimations, les coûts sont colossaux : le renforcement d’un seul réacteur dans le scénario de « sûreté renforcée » coûterait plus de 4,3 milliards d’euros à EDF ! Le scénario de « sûreté préservée » révèle un coût moyen de 1,4 milliard d’euros par réacteur, tandis que le scénario le moins exigent coûterait tout de même 360 millions d’euros par réacteur.« Si on veut renforcer la sûreté pour prolonger la durée de vie au-delà de 40 ans, il faut prévoir plus de 4 milliards d’euros par réacteur, alors que EDF ne parle que d’un milliard d’euros. L’autre question est de savoir pour combien de temps exactement EDF souhaite prolonger ses réacteurs ? Cela constitue une énorme incertitude pour les investisseurs, et un grand défi économique pour EDF », estime Sébastien Blavier, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace.

Des investissements sous-évalués par EDF ?

Dans son programme « Grand carénage », présenté en 2013 et qui doit s’étaler jusqu’en 2025, EDF s’est engagé à réaliser des travaux importants de maintenance sur l’ensemble de ses 19 centrales pour un montant évalué à 55 milliards d’euros. L’objectif de ce plan est d’intégrer les nouvelles normes de sûreté post Fukushima, mais aussi d’allonger la durée de vie de ses 58 réacteurs. Selon EDF, l’allongement de la durée de vie est une solution plus économique que la construction de nouvelles centrales. Si les chiffres avancés par Greenpeace et Wise sont justes, ce raisonnement risque d’être mis à mal. Pour l’heure, EDF n’a pas réagi à ce nouveau rapport.

Alors que 80 % des centrales nucléaires françaises vont atteindre l’âge critique de 40 ans entre 2017 et 2027, Greenpeace appelle le gouvernement à inscrire dans la loi de programmation sur l’énergie une limitation de la durée de vie des centrales à 40 ans ainsi qu’un objectif de 45 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030 afin d’anticiper la fermeture progressive des centrales.

Source: Céline Oziel, Novethic

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