E. Renouvelables

Le Maroc veut former ses jeunes aux « métiers verts »

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Au-delà de l’étoile verte sur son drapeau rouge, le royaume chérifien veut verdir son économie. Priorité donc aux énergies renouvelables et au développement de l’efficacité énergétique : telle est la stratégie nationale lancée en 2009. Le Maroc ambitionne ainsi de porter la part des énergies renouvelables dans sa production électrique à 42 % d’ici à 2020, contre 26 % actuellement.

Une façon de sécuriser l’approvisionnement en énergie, dépendant à plus de 90 % des importations mais aussi de créer une industrie nationale des énergies renouvelables, un secteur qui pourrait représenter un véritable gisement d’emplois. « Cela devrait créer de 50 000 à 60 000 postes d’ici à 2020 », estime Calogero Sciandra, chef de projet à l’Agence française de développement (AFD, partenaire du « Monde Afrique »). Reste à former des personnels qualifiés. Car c’est bien là que le bât blesse.

« Ce projet est l’un des plus ambitieux dans le secteur », note Calogero Sciandra. Concrètement, trois Instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Ifmeree) vont ouvrir leurs portes, malgré un sérieux retard au démarrage. A Oujda, à l’extrême nord-est du pays, les bâtiments flambant neufs devraient accueillir leurs premiers élèves dans les semaines qui viennent. Les instituts de Ouarzazate et de Tanger, qui ne sont toujours pas sortis de terre, devraient, quant à eux, être opérationnels en 2017.


 

Leur mission ? Fournir aux entreprises des opérateurs, des techniciens et des cadres intermédiaires spécialisés dans les métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Ils accueilleront, dans un premier temps, des salariés en formation continue avant de s’ouvrir aux étudiants en formation initiale. La palette des formations proposées est large, puisqu’elle va du Bac – 3 au Bac + 3 et propose six spécialités : exploitation et maintenance d’éoliennes ; installation et maintenance du matériel solaire thermique et photovoltaïque ; maintenance et exploitation de l’électricité solaire thermodynamique ; efficacité énergétique ; exploitation du gisement du biogaz ; valorisation du biogaz. A terme, près de 1 500 personnes seront formées chaque année dans ces instituts.

Coût de l’opération ? 26 millions d’euros, dont 10 prêtés par l’AFD, 10 de subventions de l’Union européenne, 4 du Maroc et 2 équivalant à l’apport d’expertise allemand. Quant à la gestion des centres, elle est confiée aux professionnels marocains du secteur des énergies renouvelables via cinq partenaires : la Fédération nationale de l’électricité, de l’électronique et des énergies renouvelables (Fenelec), la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme), la Moroccan Agency for Solar Energy (Masen), l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et l’Agence pour le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Aderee). « Cette approche originale permet aux Ifmeree d’offrir des formations collant au plus près des besoins des industriels », souligne Saïd Mouline, directeur général de l’Aderee.

Amine Homman Ludiye, directeur général de Cofely Maroc (filiale d’Engie spécialisée dans le facility management et les services à l’énergie pour l’industrie et le tertiaire), applaudit des deux mains. « Les niveaux de formation proposés par ces instituts s’inscrivent dans le créneau des compétences qui nous font défaut », lance-t-il. L’entreprise de 250 salariés, en croissance continue, recrute entre 30 et 50 personnes chaque année, et se montre d’ores et déjà intéressée par ces nouvelles recrues potentielles. Car si Cofely, à l’instar d’autres entreprises marocaines, n’a pas de difficultés à recruter des ingénieurs, il en va autrement pour les niveaux Bac à Bac + 2, dont elle est particulièrement friande.

Schneider Electric, qui emploie une centaine d’employés au Maroc dans la distribution électrique et les automatismes industriels, se montre plus circonspect : « Il est difficile d’évaluer et de juger ces profils. Nous allons apprécier les offres en formation continue proposées par ces instituts et les calibrer par rapport aux besoins de nos équipes », estime Hamza Rahmani, DRH de Schneider Electric Maroc.

A l’image des instituts de formation aux métiers de l’automobile, qui ont accompagné la croissance du secteur au Maroc (le secteur représente 20 % des exportations totales du pays), Amine Homman Ludiye estime que la création des Ifmeree va crédibiliser la volonté du pays de développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Le royaume voit déjà au-delà de ses frontières et veut faire des Ifmeree une vitrine technologique. Pour Saïd Mouline, cela ne fait aucun doute : « A moyen terme, nos instituts vont irriguer l’Afrique ». L’AFD accompagne d’ailleurs un projet comparable au Nigeria, où le secteur des énergies renouvelables souffre d’un déficit de jeunes diplômés immédiatement opérationnels et d’un manque de formateurs compétents. Le programme doit y démarrer en juin 2016. Les besoins de la première économie africaine en termes de formation et de recrutement sont estimés à 12 600 personnes pour la production d’électricité, la distribution et le transport.

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