E. Renouvelables, Eolien, Maghreb, Solaire Thermique

La loi 13-09 ouvre le marché de l’élecricité de source renouvelable au Maroc

Abderrahil El Hafidi

Entretien avec Abderrahim El Hafidi, directeur de l’Électricité et des énergies renouvelables – Réalisé par le journal « Le Matin »

Le Matin : La Loi 13-09 relative aux énergies renouvelables a révolutionné, dites-vous, le paysage énergétique marocain. Quels sont les aspects concernés par ce changement ?
Abderrahim El Hafidi : Le nouveau cadre législatif et réglementaire a marqué la nouvelle stratégie énergétique et a donné pour la première fois dans l’histoire de l’énergie au Maroc la possibilité à des développeurs privés et à des entreprises privées de développer la capacité de production d’électricité de source renouvelable et de commercialiser cette énergie dans le marché électrique. En plus des programmes marocains intégrés éolien et solaire, en cours de développement respectivement par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable et la Moroccan Agency For Solar Energy (MASEN), la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables a révolutionné le paysage énergétique du Royaume en introduisant des innovations majeures à travers :
– L’ouverture à la concurrence du marché de la production et de la commercialisation de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables. Cela veut dire que des entreprises privées, indépendamment des programmes lancés par l’ONEE dont la mission principale est d’assurer la sécurité d’approvisionnement du pays, peuvent développer leur capacité pour produire.

– La possibilité offerte aux développeurs privés des projets de production d’électricité de sources renouvelables d’accéder au Réseau électrique national moyenne tension (MT), haute tension (HT) et très haute Tension (THT). Cela veut dire qu’un producteur privé peut produire de l’électricité dans n’importe quel point au niveau national et fournir de l’électricité à tous les consommateurs à travers le réseau national. Cela veut dire aussi que l’ONEE ouvre le réseau national aux producteurs privés d’électricité.
– La possibilité d’exporter de l’électricité d’origine renouvelable par l’utilisation du réseau électrique national de transport et des interconnexions.
– La possibilité offerte aux développeurs privés de réaliser, pour leur propre usage, des lignes directes de transport, lorsque la capacité du réseau électrique national de transport et des interconnexions n’est pas suffisante.

Que dit encore cette loi en matière de moyenne et haute tension ?
Cette loi annonce les principes de l’accès à la très haute tension, à la haute tension et à la moyenne tension. Aujourd’hui, ce qui est opérationnel, c’est l’accès à la très haute tension et à la haute tension. Cela veut dire que les consommateurs raccordés à la très haute tension et à la haute tension ont le droit de choisir leur fournisseur d’électricité.

Qu’en est-il pour la moyenne tension ?
Nous travaillons cette année à l’examen de l’opportunité d’ouvrir le réseau de la moyenne tension à la concurrence, comme il est annoncé au niveau
de la loi.

Le Maroc, dit-on, se prépare à exporter l’énergie verte et pourrait à moyen terme devenir un gros fournisseur de l’Europe. Que dit la loi sur ce sujet et où en sont les négociations ?
Le Maroc, comme je l’ai dit, a mis en place un cadre législatif qui facilite l’exportation de l’énergie électrique de source renouvelable parce qu’il y a beaucoup d’opportunités du côté européen qu’il faut saisir. Le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle stratégie énergétique a placé le développement des ressources énergétiques locales renouvelables à la tête de ses priorités. Dans le cadre de l’opérationnalisation des dispositions de la loi 13-09 et des articles 5, 6, 7, 8 et 9 de la Directive européenne (2009/28/CE du 23 avril 2009) qui prévoient la possibilité pour les pays européens d’importer de l’énergie de sources renouvelables en dehors de l’UE, le ministère de l’Énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, en coordination avec les opérateurs marocains concernés : l’Agence marocaine de l’énergie solaire (MASEN) et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), a entrepris des discussions avec les pays de l’Union européenne (UE) ayant manifesté l’intérêt de s’approvisionner en électricité de sources renouvelables à partir du Maroc ou de participer au développement des projets d’exportation. Il s’agit principalement de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne et de l’Italie.

Vous avez souligné que, pour le moment, au sud de la Méditerranée, seul le Maroc, qui dispose d’un cadre législatif ouvert, est à un stade avancé de discussions. Au-delà de l’image et de l’attractivité pour les énergies renouvelables du pays mises en exergue par le ministre, quel est réellement l’objectif ?
Le Maroc possède un grand potentiel éolien et solaire, le marché local ne peut pas absorber toute cette énergie, soit 25 000 mégawatts onshore pour l’éolien et 6,5 kilowatts par m² par jour pour le solaire. La meilleure manière de valoriser ces énergies serait de développer l’exportation pour avoir un équilibre économique. L’objectif poursuivi par ces démarches est d’assurer le succès du programme solaire marocain à travers la promotion de l’exportation d’une partie de sa production électrique de source solaire, de valoriser le potentiel national en énergie renouvelable et de donner la visibilité nécessaire aux investisseurs privés intéressés par les projets énergétiques d’exportation de l’électricité de sources renouvelables. Toutefois, la mise en œuvre de la directive européenne relative aux énergies renouvelables, approuvée par le Parlement européen le 17 décembre 2008, et notamment son article 9, reste subordonnée la conclusion d’accords bilatéraux de coopération énergétique pour la mise en place d’un cadre global de coopération énergétique favorisant en particulier l’exportation de l’électricité de source renouvelable du Maroc vers ces pays et sur la base duquel un Accord spécifique à l’exportation devrait être conclu entre le Maroc et un ou plusieurs pays de l’Union européenne intéressés par l’électricité de sources renouvelables produite au Maroc. Des discussions sont en cours entre les pays concernés, avec le soutien de la Commission européenne, pour mettre en place un modèle économique d’exportation de l’électricité de sources renouvelables du Maroc vers l’Europe. L’exercice est complexe et nous sommes dans le cadre de commissions intergouvernementales (Maroc, Espagne, France, Allemagne, Italie…) en train d’identifier un projet d’intérêt commun, sorte de projet pilote pour tester tous les mécanismes au niveau de l’export : mécanismes contractuels, financiers, juridiques…

Les futurs développeurs et producteurs devront-ils passer par l’ONEE pour exporter ?
La Loi 13-09 donne la possibilité aux développeurs privés de réaliser des lignes directes pour le transport de l’électricité, dans le cas où la région à desservir n’est pas couverte par le réseau national, et la possibilité de réaliser des lignes directes pour l’exportation. Ce sont là des innovations importantes dans le secteur de l’énergie. Il y a bien sûr des conditions que nous testons à travers la gouvernance. Quand il y a une demande, nous vérifions certains éléments : y a-t-il des consommateurs, où se trouvent-ils, quels sont leurs points d’injection au niveau des réseaux ? C’est une question technique importante pour la stabilité du réseau. L’ONCF par exemple a lancé un appel d’offres pour acheter de l’électricité propre à partir de parcs éoliens développés par le privé. Il y a aussi la SONACID, des aéroports…

Qu’en est-il de l’opérationnalité de la loi 13-09, a-t-elle généré
des projets concrets de production privée d’électricité de sources renouvelables ?
La publication au Bulletin officiel de la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables, promulguée par le Dahir N°1-10-16 du 11 février 2010, a suscité un grand intérêt de la part des investisseurs privés. En effet, dans le cadre de ladite loi, des projets concrets sont actuellement en cours réalisation, d’autres sont en cours de développement. Il s’agit notamment de 3 parcs éoliens d’une capacité totale de 300 MW en cours de développement par Nareva et dont la construction a débuté en décembre 2011 et d’un autre parc de 120 MW en cours de développement par une entreprise américaine, UPC.
Le premier parc, dit «Haouma», est situé au nord du Maroc, d’une capacité de 50 MW. Il sera composé de 22 éoliennes, dont 8 sont déjà mises en place. Sa mise en service est prévue en avril 2013. Le deuxième parc, dit «Akhfenir», d’une capacité de 100 MW, extensible à 200 MW. La mise en service de sa première partie est prévue en juin 2013. Le troisième parc, dit «Foum El Oued», d’une capacité de 50 MW, est également en cours de réalisation et sa mise en service est prévue en mai 2013. L’opérationnalisation de la loi 13-09 est également marquée par la réalisation de 3 projets de microcentrales hydrauliques d’une capacité totale de 23,5 MW, dont la première, en cours de construction par l’entreprise «Énergie 2 Terre» dans la région de Meknès-Tafilalt, d’une capacité de 1,5 MW et les deux autres d’une capacité totale de 22 MW seront développer par l’Entreprise SGTM-Énergie, respectivement près de Khémisset et de Tahar-Souk. Ces projets vont permettre à de grands consommateurs d’énergie au Maroc comme l’OCP, l’ONCF, La SAMIR, La SONASID, les cimentiers, les filiales de Managem, Air Liquide, Maghreb Steel et d’autres industries marocaines de s’approvisionner en énergie propre.

On a évoqué d’autres projets réalisés par des entreprises
internationales ?
Il y a effectivement un autre projet éolien, en cours de développement par l’entreprise privée américaine UPC, qui a demandé l’autorisation pour réaliser une capacité de 120 MW et qui est dans la phase finale d’instruction. L’accord technique a été donné par l’ONEE et on assistera bientôt à la phase construction du parc éolien.

Vous avez évoqué des projets en voie de réalisations, qu’en est-il de la demande ?
Nous avons reçu plus de 1 500 mégawatts de demande. On a mis en place, en concertation avec l’ONEE, une régulation spécifique pour instruire ces dossiers.

Source : Le Matin

(Photo prise par « le matin »)

A Propos de l'auteur

  • cc14mohammed

    Si on veut sécuriser notre accès à l’énergie, on doit développer une industrie autour de l’énergie renouvelable et propre au niveau nationale, et encourager la recherche scientifique dans ce domaine en coopération avec des équipes du monde entier. Mais avant tout, on doit sensibiliser le marocain à ne pas gaspiller l’énergie.
    Va t-on enfin tirer la leçon de nos irresponsables actes envers l’environnement, et reconnecteront- nous de nouveau avec elle?