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COP21 : 150 dirigeants du monde pour un sommet historique

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Une journée exceptionnelle, au sens propre du terme. Après l’horreur des attentats du 13 novembre, plus de 140 chefs d’État et de gouvernement ont mis un point d’honneur à venir à Paris, comme prévu depuis plusieurs semaines, pour s’engager sur le climat. Le terrorisme fera l’objet de rencontres en aparté, mais aujourd’hui, le changement climatique sera le seul et unique sujet des déclarations officielles. Les hauts responsables vont s’exprimer les uns après les autres à l’ouverture de la 21e conférence sur le climat qui se déroule au Bourget jusqu’au 11 décembre. Deux objectifs affichés: maintenir le réchauffement en deçà de 2°C et trouver au moins 100 milliards d’euros par an pour aider les plus pauvres à faire face.

Qu’est-ce que la COP21?

Pour la 21e année de suite, les 195 pays membres de l’ONU se réunissent durant une quinzaine de jours autour du climat. Le point de départ de ces conférences annuelles est l’adoption en 1992 à Rio de la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Que dit-elle? Il faut stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation dangereuse du système climatique. Jusqu’à présent, aucune conférence, y compris après la signature d’un accord en 1997 à Kyoto, n’a permis d’arrêter la croissance des émissions de CO2.

Des Italiens jouent avec un immense ballon représentant la Terre, lors d'un rassemblement pour le climat, dimanche, sur la Piazza Venezia, à Rome.
Des Italiens jouent avec un immense ballon représentant la Terre, lors d’un rassemblement pour le climat, dimanche, sur la Piazza Venezia, à Rome. Crédits photo : TIZIANA FABI/AFP

Que va-t-il se passer pendant 15 jours?

Les chefs d’État et de gouvernement, dont la présence est très inhabituelle pour une COP, sont là pour donner une impulsion politique à la négociation et montrer leur détermination à ce que cette fois-ci les 195 pays trouvent un accord, après l’échec de Copenhague en 2009. Mais ils vont repartir dès demain, laissant la place aux négociateurs officiels de leur pays, qui ont pris de l’avance en démarrant leurs discussions dès dimanche. Ces derniers, qui se sont déjà rencontrés plusieurs fois au cours de l’année, ont pour mission d’élaborer pendant la première semaine un texte pouvant servir de base à un accord. À partir de lundi prochain, ils passent le relais à un ministre, le plus souvent celui ayant la charge de l’environnement ou du climat dans leur pays. Ces derniers ont la responsabilité de construire l’accord final. Officiellement, les négociations s’achèvent au bout de la deuxième semaine, vendredi 11 décembre. Mais il est très probable que le sprint final les conduise jusqu’au samedi, voire au dimanche.

Quel est l’objectif ?

L’objectif est d’obtenir un accord universel qui englobe les 195 pays, à la différence du protocole de Kyoto de 1997, qui faisait porter la responsabilité et donc les contraintes de diminution de gaz à effet de serre aux seuls pays occidentaux. À l’époque, la Chine était un pays en voie de développement. En 2006 elle est devenue le plus gros pollueur de la planète. Plutôt que de tenter d’imposer des restrictions, il a d’abord été demandé aux pays de prendre chacun des engagements de réduction de leurs émissions (INDC en anglais) en vue de maintenir la hausse des températures en deçà de 2 °C. (On est déjà à plus 0,85 °C). 179 pays l’ont fait, ce qui représente plus de 94 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Reste à négocier la manière dont ces engagements vont être non seulement mis en œuvre (comment les vérifier, quelle transparence imposer aux pays) mais aussi comment les faire évoluer pour qu’ils soient encore plus ambitieux. Sans oublier un élément essentiel pour les pays les plus pauvres: quels financements vont être mis sur la table pour les aider, après 2020.

Cet accord peut-il être contraignant?

En recevant les ONG dimanche, François Hollande a de nouveau plaidé pour un accord «contraignant». Reste à savoir ce que l’on met derrière ce mot. Les États-Unis ont notamment fait savoir qu’ils ne voulaient pas d’un traité qui les obligerait à passer devant le Congrès, à majorité républicaine, hostile à des engagements sur le climat. Il n’est pas non plus question d’un système de sanctions puisqu’il n’existe aucune instance internationale capable de les mettre en œuvre. L’idée est en fait de trouver les mots convenant à 195 pays. Une tâche particulièrement ardue.

Le président chinois Xi Jinping et son épouse, à leur descente d'avion, dimanche.
Le président chinois Xi Jinping et son épouse, à leur descente d’avion, dimanche. Crédits photo : POOL/REUTERS

Quelles sont les forces en présence?

Ce qui prévalait il y a vingt ans avec les pays industrialisés du Nord responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre et les pays du Sud pauvres et victimes, a évolué. Si les plus pauvres aujourd’hui sont toujours ceux qui subissent, le développement industriel de la Chine, de certains pays d’Amérique latine, Brésil en tête, et, dans une moindre mesure, de l’Inde, rebat les cartes. Ces pays émergents veulent bien s’engager, mais ils refusent de sacrifier leur croissance. Les pays occidentaux sont prêts à poursuivre leurs efforts, États-Unis inclus, mais à condition que tout le monde soit dans le même bateau. Quant aux pays les plus vulnérables (Afrique, petites îles…), ils entendent faire pression pour obtenir des financements à la hauteur afin de pouvoir s’adapter aux effets du réchauffement.

Les premiers cailloux de la négociation

L’Inde et l’Arabie saoudite ont fait part lors du G20 de leur refus de s’engager sur un calendrier de révision des engagements de chaque pays. En Europe également, la Pologne, qui dépend du charbon pour sa production énergétique, annonce qu’elle pourrait se désolidariser de l’Europe et ne pas signer l’accord s’il devait être trop contraignant pour elle. Et ce ne sont que les premiers soubresauts d’une quinzaine qui s’annonce à hauts risques.

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